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Paris – Kaboul, vol sans retour…

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Le 21 octobre dernier le gouvernement faisait expulser trois Afghans sans papiers. Sans honte.

On ne connait pas assez l’envers du décors de ce genre d’explusion.

Je retranscris donc ici le texte d’une salarié de la CIMADE, seule association autorisé à interenir en centre de rétention, qui a eu à “traiter” le cas d’un de ces afghans.  A noter que Besson n’a pas encore réussi à se débarasser de la la CIMADE malgrès ses vaines tentatives.

Tout autre commentaire serait superflu tant ce texte parle de lui même.

« Trois afghans, trois adultes (…) de sexe masculin (…) ont été reconduits cette nuit en Afghanistan ». Adultes, de sexe masculin. D’autres auraient dit des hommes. Mais la République est animale.

Toute la semaine, j’y ai pensé le matin en rasant… les murs qui mènent au CRA. J’ai vu Wahid à la télévision, filmé par des journalistes. Il ne peut pas s’arrêter de pleurer. « C’est ça les droits de l’Homme ? C’est ça la loi du monde ?»

On dit qu’ils sont repartis de là où ils venaient, la région de Kaboul. On dit qu’ils ne sont pas en danger, et je sais que c’est faux. Parce que je ne peux pas me l’ôter de la tête, et parce que la République l’a travestie, voici l’histoire de Wahid S., telle qu’il me l’a racontée.

Ils sont arrivés à deux dans mon bureau. Jeunes, avec des noms à consonance semblable. Les Dupont et Dupond de la galère, une amitié forgée, me dit le traducteur, sur cette route de l’exode, de la survie, de l’exil. C’était une journée relativement calme. J’ai eu du temps pour eux, et la chance de trouver un traducteur exceptionnel par sa patience et la sobriété précise de son récit. Une heure et demi au téléphone, pour me raconter ces deux vies. En écoutant Wahid plusieurs fois j’ai baissé les yeux, touchée de la confiance qu’il me faisait en se racontant. Il est originaire de la localité d’Ali Khan Khil, dans l’état de Kapisa. Lui et ses trois frères étaient boulangers à Bagram, ville de front âprement disputée entre les Talibans et l’Alliance du Nord pendant la guerre civile.

Avant de perdre la ville pour la troisième fois, les Talibans ont appris que les hommes de l’Alliance du nord s’y étaient infiltrés. Ils ont forcé les frères de Wahid, alors enfants, à leur désigner les maisons des combattants de Massoud et de leur chef. Sous la menace, ceux-ci l’ont fait. Plusieurs personnes ont été arrêtées par les Talibans. La plupart d’entre elles a été torturé. A la faveur du changement de régime en 2001 ces personnes ont décidé de se venger de ceux qui les avaient dénoncés. Je lève la tête à cet instant du récit. Ce jeune homme me parle de périodes troubles, où les frontières du bien et du mal sont froissées. Sombres échos. Mais on n’est pas dans un livre d’histoire. Je replonge et je prends des notes.

Wahid a fui avec ses frères en Iran, puis la famille, poussée par des conditions de vie désastreuses, a tenté un retour au pays. Le petit frère de Wahid, sa mère et son oncle de 87 ans sont partis en éclaireur. Arrivés en ville l’oncle de Wahid a été emprisonné. Grâce à l’influence des anciens et à cause de son grand âge il a été libéré. Pour être immédiatement assassiné par balles. Son petit frère a été blessé au cours de la fusillade. Conduit à l’hôpital à Kaboul, il a pu retourner en Iran. La mère de Wahid est restée en Afghanistan pour tenter de récupérer leurs terres.

Les hommes qui ont tiré sur l’oncle et le frère de Wahid font partie de la famille du commandant actuel de la ville, dont le père a été emprisonné et tué par les Talibans. Il a gardé une rancune tenace à l’encontre de ceux qui ont, de gré ou de force, obéi aux Talibans. La famille de Wahid fait figure de traître.

Suite à cela ils ont décidé de ne pas rentrer. Wahid n’a plus personne en Afghanistan. Ses frères sont aujourd’hui mariés et ont décidé de rester en Iran. Sa mère lui a demandé de partir en France, d’y demander l’asile. Pays des droits de l’Homme.

Et l’odyssée continue. Parti en 2007 de Téhéran, Wahid a payé un passeur 2 500 $ pour aller en Turquie. Il a traversé la frontière à pied, et pris le camion avec 80 personnes pour Istanbul. Il y est resté 17 jours. Il a payé un autre passeur 2 300 $ pour aller en Grèce. Au gré des rafles de la police il a été à Athènes, puis en Crète. Il y est resté 2 ans et 4 mois à travailler. Harcelé par la police il est retourné à Athènes. Puis à Patras. A l’automne 2009 il a payé 1 700 € pour aller en Italie. Douze jours à Rome avant de prendre un train pour Paris, Gare de l’Est où il est arrivé le 3 octobre 2009. Fin du parcours.

Plus de 6 500 $, et deux ans et demi de route. Wahid n’a pas mentionné la peur, la faim, les mauvais traitements, les nuits dehors. Il n’a pas dit la tristesse d’avoir laissé les siens. Pas un mot sur les trahisons, les marchandages, la traite. Il n’a pas besoin de le dire, ses yeux parlent pour lui.

Après deux jours au square Villemin, Wahid a appelé sa famille, en Iran. « Je suis en vie, je suis à Paris ». En sortant de la cabine téléphonique il est interpellé par la police et placé en rétention. Fin de l’histoire.

L’entretien est terminé. C’est la première fois qu’on lui demande son parcours, c’est parfois difficile pour lui de retracer les évènements, de retrouver la chronologie. Il a ses propres repères. « C’était avant que les Talibans perdent la ville pour la troisième fois ». « C’était juste avant la réélection de Hamid Karzaï ». Il s’excuse : « Si j’avais su que je devrais raconter tout ça un jour, j’aurais essayé de mieux retenir les dates. »

A ce stade, assise en face de lui, c’est plutôt moi qui ai envie de m’excuser ; je suis bien au-delà de la révolte, j’ai honte. Sa troisième nuit en France, et alors qu’il est demandeur d’asile, Wahid la passe au centre de rétention administrative de Vincennes. Je ne le sais pas, mais il ne le quittera que pour repartir en Afghanistan.

Dans le centre, Wahid a eu 5 jours pour remplir son formulaire de demande d’asile, sans interprète. Je pensais que ça irait. Que le tribunal administratif casserait l’arrêté préfectoral de reconduite à la frontière. Que l’OFPRA le reconnaîtrait comme réfugié. Que la Cour européenne des droits de l’Homme le protégerait. J’ai continué mon travail, j’ai presque oublié son visage.

Wahid S., Afghan adulte de sexe masculin, est parti pour Kaboul. Et depuis je rase les murs qui me mènent au CRA. «  Ce sont des enfants perdus / le passeur leur avait dit / le mot paradis ». Wahid a 22 ans, et depuis bien longtemps, il ne croit plus ce qu’on lui dit.

Nota Bene: On pourra lire d’autres “Chroniques de retention” sur le site de la CIMADE.



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One Response to “Paris – Kaboul, vol sans retour…”

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    Frédéric Reynier (fredericreynier) 's status on Tuesday, 03-Nov-09 17:28:30 UTC - Identi.ca:

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